EXTRAITS DU VOLUME 10  (La roue cosmique VI, VII)


Glaubt nicht, was ich hier von mir selber sage
Sei unbescheiden oder übertrieben:
Was man in guten alten Büchern findet
Über das Sein, über des Weltalls Frage,
Hat Gott in meines Herzens Grund geschrieben.

  Ne croyez pas que ce que je dis ici de moi-même
Manque de modestie ou soit exagéré :
Ce que l’on trouve dans les bons livres anciens
Au sujet de l’Être, de l’énigme de l’Univers,
Dieu l’a inscrit au fond de mon cœur.


Ein Anfang ist der Anfang eines Endes,
Und jedes Ende war ein Anbeginn;
Was in der Zeit ist, war zuerst ein Kern
Und blühte dann, und floss zum Ende hin —
Und über ihm stand seines Daseins Stern.

  Un début est le début d’une fin,
Et toute fin fut une origine ;
Ce qui est dans le temps fut d’abord un noyau
Qui s’épanouit ensuite et s’écoula vers sa fin —
Et au-dessus de lui se tenait l’étoile de son existence.


Wer Wahrheit sagt, der sagt auch höchste Pflicht;
Aus dieser kommen alle andern Pflichten.
Wer sie missachtet, liebt die Wahrheit nicht;
Wer da verleumdet, wird sich selbst vernichten.

Das höchste Wahre strahlt vom höchsten Sein;
Wahrhaftigkeit — sie wäscht die Seele rein.
Ihr findet Falsches nicht im Höchsten Gut —
So seid gerad in allem, was ihr tut.


  Qui dit Vérité, dit aussi devoir suprême ;
De celui-ci procèdent tous les autres devoirs.
Qui les méprise, n’aime pas la Vérité ;
Qui calomnie, s’anéantira lui-même.

Le suprême Vrai rayonne de l’Être suprême ;
La véracité — elle purifie l’âme.
Vous ne trouvez rien de faux dans le Bien Suprême —
Aussi soyez droits dans tout ce que vous faites.


Ihr kennt die Mär von Hero und Leander:
Allnächtlich schwamm er zu ihr übers Meer,
Von ihrem Licht geleitet. Es erlosch
In einer Sturmesnacht — er kam nicht mehr.
Schicksale kommen, gehn vorbei. Indessen:
Ihr sollt der Liebe Größe nie vergessen.

Bei Gott allein ist ewge Wiederkehr.


  Vous connaissez la légende de Héro et Léandre :
Chaque nuit il la rejoignait, traversant la mer à la nage,
Guidé par sa lumière. Celle-ci s’éteignit
Par une nuit de tempête — il ne vint plus.
Les destins viennent et passent. Toutefois :
N’oubliez jamais la grandeur de l’amour.

Auprès de Dieu seul est un retour éternel.


Es gibt das völlig bilderlose Denken
Das an Grundsätzen seine Freude findet;
Dann gibt es der Sinnbildlichkeit Bereich,
Wo sich die Wahrheit mit dem Bild verbindet.
Beides muss sein an seinem guten Orte;
Verschiedne Absicht braucht verschiedne Worte;
Wesentlich ist, dass Wahres sich verkündet.

Doch wisse: auch ein Grundsatz ist konkret —
Es kommt drauf an, wie man das Wort versteht.
Und auch im Sinnbild gibt es Abstraktion —
Denn es schließt aus, was nicht der rechte Ton.


  Il y a la pensée dépourvue de toute image
Qui trouve sa joie dans les principes ;
Puis il y a le domaine du symbolisme,
Où la Vérité se combine à l’image.
Les deux doivent être à leur place respective ;
Une intention différente requiert des mots différents ;
L’essentiel est que le Vrai se proclame.

Mais sache : un principe aussi est concret —
Cela dépend comment on comprend ce mot.
Et dans le symbole aussi il y a abstraction —
Car il exclut ce qui n’est pas le ton juste.


Was ist der Mensch? Er ist Verstand und Wille,
Und dann Charakter: Tugend oder nicht;
Dann Schicksal — was die Inder Karma nennen.

Und nach der Ichheit kommt die heilge Stille,
Kommt das Verhältnis zu dem Höchsten Licht —
Zu Gott. Mög unsre Seel das Selbst erkennen.


  Qu’est-ce que l’homme ? Il est intelligence
Et volonté, et puis caractère : vertu ou non ;
Puis destin — ce que les Hindous appellent karma.

Et après l’égoïté vient le saint silence,
Vient la relation avec la Suprême Lumière —
Avec Dieu. Puisse notre âme reconnaître le Soi.


Port-Vendres, wo das Schiff vor Anker lag —
Niemals vergess ich jenen goldnen Tag.
Ich war allein in meinem Raum; die Andern
Wollten ein Weilchen an der Küste wandern.
Man hatt mir einen Blumenstrauß gebracht —
Ich blickte in der Blumen bunte Pracht
Und dachte wie ein Kind ans Paradies;
Da kam — ein wacher Traum — die Jungfrau süß,
Und blieb mit mir, verborgen tief im Innern
Mit ihrer Gnade, die mich nie verließ —
Heilige Gegenwart, lichtes Erinnern.
Ein Bild vom Himmel her; ich nenn es gern
Die Stella Maris — meinen Morgenstern.

  Port-Vendres, où le bateau était à l’ancre —
Jamais je n’oublierai ce jour doré.
J’étais seul dans ma cabine ; les autres
Voulaient se promener un moment sur la côte.
On m’avait apporté un bouquet de fleurs —
Mon regard en parcourait la splendeur diaprée,
Et je pensais comme un enfant au Paradis ;
Puis vint — un rêve éveillé — la douce Vierge,
Elle resta avec moi, profondément cachée à l’intérieur
Avec sa grâce, qui jamais ne me quitta —
Sainte présence, souvenir lumineux.
Une image venue du Ciel ; j’aime l’appeler
Stella Maris — mon étoile du matin.


Maria ist die Stella Matutina
Weil sie das Frühlicht in der Seele ist —
Weil sie mein Herz, das ich dem Herrn gegeben,
Am Ewgen Morgen des Gebetes küsst.

  Marie est la Stella matutina,
Car elle est la lumière matutinale dans l’âme —
Car mon cœur, que j’ai donné au Seigneur,
Elle l’embrasse au Matin éternel de la prière.


Der Mensch mag manchen falschen Schritt bedauern
Und über Seelenkram und Sünden trauern —
Er kann vor Gott die stolzen Kniee biegen
Und mit beschämter Brust im Staube liegen;
Das letzte Wort ist seine Gläubigkeit —
Des Herzens Hoffnung auf die Ewigkeit.
Wie mancher ist nicht, der sich wertlos fand,
Durch Gottes Gnade in das Licht gestiegen.

  L’homme peut regretter maint faux pas
Et s’affliger du fourbi de son âme et de ses péchés —
Il peut, devant Dieu, plier ses fiers genoux,
Gisant dans la poussière la poitrine pleine de honte ;
Le dernier mot est sa foi —
L’espérance du cœur en l’Eternité.
Combien, qui se trouvaient eux-mêmes sans valeur,
Ne sont-ils pas, par la grâce de Dieu, montés dans la Lumière.


Sechs Höhepunkte möcht ich unterscheiden
Beim Menschen: erstens nenn ich den Prophet,
Der eine Sendung hat von Gott empfangen,
Auf deren Spuren eine Menschheit geht.
Dann nenne ich den Heiligen — sein Bild
Ist gegen böse Mächte unser Schild.
Und dann sei auch gerühmt der weise Mann,
Ohne dess Geist die Welt nicht leben kann.

Und dann der Held, kraftvoll im Kriegerstand —
Sein Schwert schafft Sicherheit in aller Land.
Dann auch der Genius, Schöpfer edler Kunst —
Er hat mit Recht so mancher Zeiten Gunst.
Schließlich der brave Mann, ganz schlichter Art —
Von hohem Wert ist seine Gegenwart.

  Je voudrais distinguer six sommets
Chez l’homme : d’abord je cite le prophète,
Qui a reçu une mission de Dieu,
Sur les traces de laquelle marche une humanité.
Puis je cite le saint — son image
Est notre bouclier contre les puissances mauvaises.
Et que soit aussi loué l’homme sage,
Sans l’esprit duquel le monde ne peut vivre.

Ensuite le héros, énergique dans l’état de guerrier —
Son épée procure la sécurité dans le pays de chacun.
Puis aussi le génie, créateur d’art noble —
A bon droit, il a la faveur de tant d’époques.
Finalement le brave homme, d’un genre tout simple —
De haute valeur est sa présence.


Isis — ein Name der Allmöglichkeit;
Denn sie ist „alles, was je war, was ist,
Und sein wird“ — jedoch jenseits aller Zeit.

„Und niemand konnte meinen Schleier lüften“ —
Ihr nackter Körper ist die Ewigkeit.


  Isis — un Nom de la Toute-Possibilité ;
Car elle est « tout ce qui jamais fut, ce qui est
Et ce qui sera » — mais au-delà de tout temps.

« Et nul n’a pu soulever mon voile » —
Son corps nu est l’Eternité.


Traumschleier Seele — wer hat dich gewollt,
Dass du durch dieses Erdendasein schwebest,
Erneut von Bild zu Bild, von Klang zu Klang —
Dass du dir selbst dein eignes Dasein webest?

Traumschleier Seel — wer machte deinen Gang,
Dass du mit Lust und Leid durchs Leben wandelst
Und — Gott mit dir! — zum Höchsten Gute strebest —

Wohl dem, in dessen Seel ein Engel sang.


  Âme-voile de rêve — qui t’a voulue
Pour planer à travers cette existence terrestre,
Renouvelée d’image en image, de son en son —
Pour tisser toi-même ta propre existence ?

Âme-voile de rêve — qui a établi ta marche
Pour parcourir la vie avec joie et peine
Et — Dieu avec toi ! — tendre au Souverain Bien —

Heureux celui dans l’âme de qui un ange a chanté.


Es hat so manches, was wir irdisch nennen,
Etwas vom Himmel auf die Erd gebracht;
Man meint, das Schöne hab der Mensch erfunden —
Es kam von selbst, Göttliches zu bekunden;
Es ist nicht ganz für unsre Welt gemacht.

Siehe den Kopfschmuck mit den Adlerfedern —
Ein Gott hat sich zum Erdenrund geneigt.
Formen, die mit dem Ewgen uns verbinden —
Kein Mensch der Erde konnt allein sie finden.
Der Adlerschmuck, Bild der Erhabenheit —
Er war am Anfang eines Engels Kleid.

  Il est tant de choses que nous appelons terrestres
Qui sur terre ont apporté quelque chose du Ciel ;
On pense que l’homme a inventé le beau —
Il est venu de lui-même manifester le divin ;
Il n’est pas fait entièrement pour notre monde.

Regarde la coiffe ornée de plumes d’aigle —
Un dieu s’est penché sur la sphère terrestre.
Les formes qui nous relient à l’Eternité —
Nul homme de cette terre ne pouvait seul les trouver.
La parure de plumes d’aigle, image de la majesté —
Ce fut au début le vêtement d’un ange.


Sag nicht, Wahrheit sei nur zum Denken da —
Sie ist ein Leben, jenseits aller Zeit;
Sie gibt dir alles, was dein Herz begehrt —
In jedem Wort von Gott ist Seligkeit.

  Ne dis pas que la Vérité n’est là que pour la pensée —
Elle est une vie, au-delà de tout temps ;
Elle te donne tout ce que ton cœur désire —
En chaque Mot de Dieu est la Béatitude.


Der Herr ist Wirklichkeit und Gegenwart —
Dies ist das Seiende, das Höchste Sein.
Gottesgewissheit, mit ihr Heilsgewissheit —
Dies ist der Mensch; dies ist der Weg allein.

Gott ist der Äußere, der Innere:
Ich bin sein Eigentum, und Er ist mein.


  Le Seigneur est Réalité et Présence —
C’est là Ce qui Est et l’Être Suprême.
Certitude de Dieu, avec elle certitude du salut —
C’est là l’homme ; seul ceci est la Voie.

Dieu est l’Extérieur et l’Intérieur :
Je suis Sa propriété et Il est mien.


Ich wollte dieses Buch schon lang beschließen —
Ich konnte nicht; ich musste weiter dichten.
Doch diesmal legt sich meine Feder nieder,
Denn es gibt andres Sinnen, andre Pflichten;
Wie dem auch sei, was wir auch mögen tun:
Lasst uns dem Ruf des Höchsten Folge leisten —

Lasst uns in Gottes tiefem Frieden ruhn.


  Depuis longtemps je voulais clore ce livre —
Je ne le pouvais ; je devais continuer à composer.
Mais cette fois, ma plume se pose,
Car il y a d’autres préoccupations, d’autres devoirs ;
Quoi qu’il en soit, quoi que nous puissions faire :
Conformons-nous à l’appel du Très-Haut —

Reposons-nous dans la profonde Paix de Dieu.


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