EXTRAITS DU VOLUME 3 (Chants sans noms I, II, III)


Da ist ein Fluss, er heißt die Seel —
Warum steigst du hinein?
Du kannst weit glücklicher, o Geist,
An seinem Ufer sein.
Schau auf den Baum, der zeitlos steht
An dieses Fließens Rand:
Der Fluß eilt fort, weiß nicht wohin —
Der Baum steht fest im Land.

  Il y a là un fleuve, il s’appelle l’âme —
Pourquoi t’y engages-tu ?
Tu peux être bien plus heureux, ô esprit,
Sur sa rive.
Regarde l’arbre qui hors du temps se dresse,
Au bord de ce courant :
Le fleuve se hâte, sans savoir vers où —
L’arbre est ancré dans le sol.


In Gottes Wesen blüht ein stilles Licht
Im Kreise ungeahnter Herrlichkeiten.
Dies Leuchten — doch die Seele weiß es nicht —
Bist du, vor und nach allen Erdenzeiten.

  Dans la Nature de Dieu fleurit une calme lumière
Dans le cercle de magnificences insoupçonnées.
Cette brillance — mais l’âme ne le sait point —
C’est toi, avant et après tous les cycles terrestres.


Dichtung, Musik und Tanz — dies sind die Künste
Die weltlich oder geistig können sein:
Den Weltlichen ziehn sie zum Weltgenießen,
Dem Geistigen gehn sie ins Herz hinein.
Gedicht ist wie Musik, doch fasst auch Denken
In sich; Musik berauscht der Seele Sein;
Im Tanze wird Musik des Leibes Leben,
In Form verwandelt — Bild gewordner Wein.

  Poésie, musique et danse — ce sont les arts
Qui peuvent être mondains ou spirituels :
Ils attirent le mondain vers la jouissance du monde,
Mais pénètrent dans le cœur du spirituel.
La poésie est comme la musique, mais englobe aussi
La pensée ; la musique enivre l’être de l’âme ;
Dans la danse, la musique devient la vie du corps,
Transmuée en forme — vin devenu image.


Du zögerst vor der höchsten Wahrheit Schwert —
Du wähnst, die Weisheit könnt dein Sein dir stehlen,
Der du nicht bist. Was kommen soll, das kommt —
Und es ist Gott. In Ihm kann dir nichts fehlen.

  Tu hésites devant l’épée de la Vérité suprême —
Tu penses que la Sagesse pourrait te voler ton être,
Toi qui n’es point. Ce qui doit arriver, arrive —
Et c’est Dieu. En Lui rien ne peut te manquer.


Einsamkeit ist des Weisen Los, weil er
Nicht wie die Andern ist. Jedoch sein Ich
Ist weiter, reicher als so manche Seel;
Der Weise trägt die ganze Welt in sich.
Irgendwie hat er alles miterlebt
Was ihm in Wirklichkeit nicht Schicksal war.
Der Dinge Wesen liegt in seinem Blut —
Urbild ist er in der Geschöpfe Schar.

  La solitude est le lot du sage, parce qu’il
N’est point comme les autres. Toutefois son ego
Est plus ample, plus riche que tant d’âmes ;
Le sage porte en lui le monde entier.
Il a en quelque sorte vécu tout
Ce qui en réalité ne lui était pas destin.
La nature des choses fait partie de son sang —
Il est le prototype parmi les créatures.


Jugendzeit — schon fern, vorbei —
Wie ein Bilderbuch geschlossen.
Alle Freuden, alles Leid
Sind im Gestrigen zerflossen.
Alterszeit — du nennst es Zeit,
Ist sie doch ein stiller Garten;
Duftend von der Ewigkeit —
Eine Rückschau, ein Erwarten,
Und ein Stehn in Dem, was war,
Ist, und sein wird — immerdar.

  Temps de la jeunesse — déjà loin, passé —
Fermé comme un livre d’images.
Toute joie, toute peine
Ont fondu dans l’hier.
Temps de la vieillesse — tu nommes cela temps,
Alors qu’il est un jardin silencieux ;
Exhalant le parfum d’Eternité —
Une rétrospective, une attente,
Et une station dans Ce qui était,
Est, et sera — à jamais.


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