EXTRAITS DU VOLUME 9   (La roue cosmique III, IV, V)


Ich träumt, ich hätte Dante zu Besuch,
Und jemand sagte mir: mach ihn nicht müde —
Er ist schon manche hundert Jahre alt;
Ich sprach: in der Commedia Urgewalt
Liegt die Unsterblichkeit — und Gottes Friede.

Nie hat die Erde Edleres gesungen —
Die Zeit vergeht; der Sang ist nicht verklungen.

  J’ai rêvé que je recevais la visite de Dante,
Et quelqu’un me dit: ne le fatigue pas —
Il a déjà plusieurs centaines d’années ;
J’ai dit : dans la puissance primordiale de la Commedia
Réside l’immortalité — et la Paix de Dieu.

Jamais la terre n’a chanté chose plus noble —
Le temps passe ; le chant n’a pas disparu.


Die Prüfung ist das Tor zum neuen Leben;
Oft kommt vor einer Gnade bittre Krisis —
Wär nicht die Nacht, käm keine Morgenröte.
Nicht leichthin zeigt sich dir der Leib der Isis —
Ein Sonnenstrahl für alle deine Nöte.

  L’épreuve est la porte vers une nouvelle vie ;
Souvent avant une grâce vient une amère crise —
S’il n’y avait la nuit, nulle aurore ne viendrait.
Le corps d’Isis ne se montre pas à toi à la légère —
Un rayon de soleil pour toutes tes détresses.


Seltsam, wie Tag für Tag das Ich sich webt —
Wie das Bewusstsein aus dem Nichts sich hebt;
Wenn nichts geschähe, wär kein Ich, kein Du.

Wohl dem, der jenseits seiner Ichheit lebt:
Dem Wahren — ja dem tiefsten Selbste zu.

  Etrange, comme jour après jour l’ego se tisse —
Comme la conscience s’élève du néant ;
Si rien ne se passait, il n’y aurait ni moi, ni toi.

Heureux qui vit au-delà de son égoïté :
Vers le Vrai — vers le plus profond Soi.


Die Gottheit ist als Ursein unpersönlich;
Persönlich, wenn als Mensch du vor Ihr stehst:
Wenn du, mit großen und mit kleinen Nöten,
Zum Herrn, dem Schöpfer und dem Richter, flehst.

Du schaust das Unpersönliche im Geist;
Er ist, wie das Geschaute, unerschaffen —
Er weiß seit Anbeginn, was du nicht weißt.

  La Divinité est, en tant que Sur-Être, impersonnelle ;
Personnelle, lorsqu’en tant qu’homme tu te tiens devant Elle :
Lorsque, avec tes grandes et petites détresses,
Tu implores le Seigneur, Créateur et Juge.

Tu contemples l’Impersonnel dans l’Esprit ;
Ce dernier est, comme l’Objet de sa vision, incréé —
Il sait dès l’origine ce que tu ne sais point.


Das Göttliche ist wie der Punkt; und dann
So wie der Kreis; dann wie die leere Weite.
Einzig; und All; Nicht-Zweiheit, reine Einheit —
Geb Gott, dass uns das Bild zum Wahren leite.

  Le Divin est comme le point ; et puis
Comme le cercle ; ensuite comme l’espace vide.
Unique; et Tout ; non-dualité, pure Unité —
Plaise à Dieu que cette image nous guide vers le Vrai.


Shrî Abhinavagupta war umgeben
Von Devadâssîs, dazu Tanz, Musik;
Shrî Shánkara dagegen war Asket
Und suchte in der Einsamkeit sein Glück.

Zwei Gegenpole in der Gottheit Sphären —
Und dennoch Menschen dieser armen Erde,
Oft schwer verständlich — aber doch vereint
In Einer Wahrheit, und am gleichen Herde.

  Shrî Abhinavagupta était entouré
De devadâssîs, avec danse et musique ;
Shrî Shankara par contre était ascète
Et cherchait son bonheur dans la solitude.

Deux pôles opposés dans les sphères de la Divinité —
Et pourtant hommes de cette pauvre terre,
Souvent difficiles à comprendre — mais néanmoins unis
Dans Une seule Vérité, et au même Foyer.


Der Strom des Genius kommt allein vom Menschen;
Jedoch — etwa bei Dante — auch von Oben:
Der Schöpfer hat der Welt ein Wort zu sagen;
Der Dichter, Künstler, hat die Last zu tragen —
Aus Gott und Erde ist sein Werk gewoben.

  Le fleuve du génie vient de l’homme seul ;
Néanmoins — comme chez Dante — d’En Haut aussi :
Le Créateur a un mot à dire au monde ;
Le poète, l’artiste, a le fardeau à porter —
De Dieu et de terre son œuvre est tissée.


Erhabenheit ist wie der Bergesgipfel;
Gewissheit ist im Berg die sichre Höhle;
Das Erste fordert Gottergebenheit,
Das Zweite Gottvertraun — sieh wie die Seele
Höhe und Tiefe hat. Des Daseins Quelle
Ist heilges Dunkel hier, dort heilge Helle.

  La sérénité est comme le sommet d’une montagne ;
La certitude est dans la montagne la caverne sûre ;
La première requiert la résignation à Dieu,
La seconde, la confiance en Dieu — vois comme l’âme
A hauteur et profondeur. La source de l’existence
Est obscurité sacrée ici, clarté sacrée là-bas.


„Uns ist in alten Mären
Wunders viel geseit,
Von Helden lobebaeren,
Von großer Küonheit.“

Das Lied der Nibelungen —
Im Ton des Bardensangs —
Birgt den gewaltgen Mythos
Des Sonnenuntergangs.

Die Zeit auf ihrer Reise —
Sie eilt, sie bleibt nicht stehn;
Der lichte Balder, Siegfried —
Er strahlt, doch muss vergehn.

  « D’anciennes légendes nous content
Maints faits merveilleux,
De héros hautement loués,
De grande intrépidité. »

Le chant des Nibelungen —
Sur le ton de celui des bardes —
Contient le mythe puissant
Du coucher de soleil.

Le temps dans son voyage —
Il se presse, ne s’arrête jamais ;
Le lumineux héros, Siegfried —
Il rayonne, mais doit disparaître.


Typus ist eines, Mimik ist was andres;
Nicht immer ist die Mimik auf der Höhe
Des Typus. Lasset uns geduldig sein —
Was gilt ist, dass ich, was Gott wollte, sehe.

  Le type est une chose, la mimique en est une autre ;
La mimique n’est pas toujours à la hauteur
Du type. Soyons patients —
Ce qui compte est que je voie ce que Dieu voulait.


Man kann nicht alle Tiere gleich gut kennen;
Die, die ich gerne mag, will ich hier nennen:
Der Löwe und der Tiger und der Puma;
Das Kätzlein auch, das uns oft Freude bringt;
Und dann der Hirsch, das edle Pferd, das Lama;
Im Vogelreich der Adler und der Schwan;
Das Vögelein, das auf den Bäumen singt —
Mit dieser Aufzählung sei es getan.

  On ne peut connaître tous les animaux de la même façon ;
Ceux que j’affectionne, je veux les citer ici :
Le lion, le tigre et le puma ;
Le petit chat aussi, qui nous procure souvent de la joie ;
Et puis le cerf, le noble cheval, le lama ;
Dans la gente ailée, l’aigle et le cygne ;
Le petit oiseau qui chante sur les arbres —
Cette énumération peut être suffisante.


Liebesgedichte, wenn sie tief empfunden,
Sind immer eine Art von Gottesminne;
Wer wirklich liebt, hat Göttliches gefunden —
Er hat, inmitten seines Erdentraums,
Der Liebe Sein — das Höchste Gut im Sinne.

  Les poésies d’amour, quand ressenties en profondeur,
Sont toujours un mode d’amour de Dieu ;
Qui aime vraiment, a trouvé du divin —
Il a, au milieu de son rêve terrestre,
L’Être même de l’Amour — le Souverain Bien à l’esprit.


Lerne vom Sang der Vögel in der Luft,
Vom Waldesrauschen, von der Blumen Duft;
Die Sprachen, die Gott der Natur gegeben,
Sie mögen dich erfreuen und erheben —
Du kannst, o Menschenherz, von allem lernen:
Tags von den Blumen, nächtens von den Sternen.

  Apprends du chant des oiseaux dans les airs,
Du frémissement de la forêt, du parfum des fleurs ;
Les langages que Dieu a donnés à la nature,
Puissent-ils te réjouir et t’élever —
Tu peux, ô cœur d’homme, apprendre de toute chose :
Le jour, des fleurs ; et la nuit, des étoiles.


Vairâgya — Gleichmut durch die Gottesnähe;
Wohl dem, der Kleinkram aus der Ferne sieht.

Ich bin im Schnee auf einer Bergeshöhe
Und drüber weht des Windes ewig Lied —
Alles ist weiß und gleich, soweit ich sehe.

  Vairâgya — impassibilité par la proximité de Dieu ;
Heureux qui voit les broutilles de loin.

Je suis dans la neige sur un sommet de montagne
Et par-dessus souffle l’éternel chant du vent —
Tout est blanc et égal, à perte de vue.


Leib, Seele, Geist. Der Leib für diese Welt,
Die Seele für die andre. Doch der Geist,
Der Wesenskern, hat ein besondres Heim —
Denn er ist göttlich, wie es Gott gefällt.

  Corps, âme et esprit. Le corps pour ce monde,
L’âme pour l’autre. Mais l’esprit,
Le noyau même de l’être, a un foyer particulier —
Car il est divin, comme cela plaît à Dieu.


Was ist das Gottgedenken? Es ist Gleichmut
Im Weltgetrieb, und Zuversicht im Innern.
Erhabenheit, Gewissheit: mögst du dich
Wo, wann und wie du seist, an sie erinnern.

  Qu’est-ce que le Souvenir de Dieu ? Il est impassibilité
Dans l’agitation du monde, et confiance à l’Intérieur.
Sérénité, certitude : puisses-tu t’en souvenir
Où, quand, et comment que tu sois.


Lass deine Seel für Gott im Schweigen sein —
Er fülle sie mit seinem weißen Wein:
Weiß, weil das Schweigen Unschuld ohne Kleid;
Wein, weil die Stille strahlt in Seligkeit.

  Maintiens ton âme en silence pour Dieu —
Qu’Il la remplisse de Son vin blanc :
Blanc, car le silence est innocence sans vêtement ;
Vin, car le silence s’irradie en béatitude.


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